lundi 19 juin 2017

Les perdants (Une photo, quelques mots #79)

Grâce à une photo très bien choisie, mon blog renait à la vie.
Inspirée je suis, pour reprendre l'atelier du lundi!
Merci Leiloona chérie!
(ah oui, je suis en forme, je vous l'ai dit...)


Non mais qu'est-ce qu'ils foutent, c'est pas possible!
Hervé perdait patience. Il observa sa tête dans le rétroviseur. Allez, calme-toi, mon vieux...
Voilà bien trop de temps que ses amis étaient sortis de la voiture, sous le coup d'une envie pressante, le laissant seul à l'arrière.
Julien avait fait vite, se contentant de se planquer derrière l'un des platanes bordant cette route de campagne, sur laquelle ils roulaient depuis une trentaine de minutes.
Valentine, elle, s'était enfoncée dans le sous-bois sur la droite, à la recherche d'un coin tranquille (elle était très à l'aise avec eux, mais il y avait des limites), relevant de ses deux mains le bas de sa robe et posant ses pieds escarpinisés avec précaution dans l'herbe humide. Elle riait aux éclats et le cœur d'Hervé s'était serré. Qu'est-ce qu'elle était belle...
Déjà, il avait cru défaillir en la voyant sortir de chez elle. Lui qui la connaissait plus souvent en jeans basket qu'en robe de cérémonie, le souffle lui avait manqué. Ses cheveux blonds relevés dévoilaient son cou gracile, qu'il avait eu tout le loisir d'observer pendant tout le trajet, puisqu'elle avait pris place à l'avant, devant lui, et sa robe taille empire mettait sa poitrine généreuse en valeur.
Il n'avait pu que lui dire : "Tu es splendide."
Elle avait maugréé : "Mouais. Si on veut. C'est de la torture de masochiste, ces putain de chaussures!".
Valentine, quoi. Tout en délicatesse.
 
Hervé tourna la tête à droite, fouilla du regard le bois, au delà des fougères qui en barraient le passage, guettant le retour de Valentine. Et de Benjamin.
Benjamin qui avait galamment proposé d'accompagner Valentine, parce qu'on ne sait jamais ce qu'on peut rencontrer dans les bois. C'est cela, oui... Non mais il se prenait pour qui, lui? Il la connaissait depuis quelques mois seulement et il se comportait en... propriétaire. Voilà, c'était le mot. En propriétaire. Avec elle. Sa Valentine. Leur Valentine, à lui et à Julien. Et ça l'agaçait. C'est vrai, après tout, c'était qui, ce type? Qu'est-ce qu'on savait vraiment de lui?

Enfin, Hervé vit apparaître une silhouette dans le rétroviseur. Julien. Bon sang, c'était pas trop tôt!
- Qu'est-ce t'as foutu? Ils sont où, les autres?
Julien prit place à côté de lui.
- Occupés. Ils sont... occupés.
Hervé ne saisit pas tout de suite. Ce n'est que quand il vit la pâleur sur le visage de Julien qu'il comprit. Non. Non, impossible. Valentine ne ferait pas ça. Pas son genre, non. Et Benjamin devait bien se douter que Valentine, c'était chasse gardée. Pas touche. Pour eux trois. C'était la règle. Leur règle implicite, mais leur règle...
Un silence pesant s'installa entre les deux amis, un silence qui mettait entre eux une distance infinie dans cet espace si exigu. Un silence bientôt brisé par des rires étouffés et des pas bruissant dans les herbes hautes.
Benjamin et Valentine revenaient. Elle, toujours chancelante sur ses escarpins, comme un peu ivre, se tenait fermement à lui. Son chignon sophistiqué et impeccable quelques temps auparavant manquait maintenant curieusement d'équilibre. Lui, les yeux fiévreux, avait passé son bras autour de la taille frêle de Valentine. Sa cravate était dénouée, et les deux premiers boutons de sa chemise étaient ouverts.
Ils montèrent en voiture, lui au volant, elle sur le siège passager.
- Bon, c'est reparti, dit-il joyeusement en mettant le contact.
- On n'en a plus pour longtemps, ajouta Valentine. Ma mère va être ravie de vous revoir, les gars!
A l'arrière, Hervé et Julien ne répondirent pas. Ils se remémoraient encore comment, au remariage de la mère de Valentine, Benjamin, que la mariée ne connaissait pas, avait été invité.
Un jour, il était arrivé dans cette voiture de collection (une voiture de frimeur, avaient-ils pensé), et Valentine avait poussé des cris d'excitation. Elle serait parfaite en voiture balai!!
Et personne n'avait jamais su dire non à Valentine.


Ah que ça fait du bien de se remettre à écrire!!
Un bien fou.
En plus, j'ai retrouvé avec plaisir mon quatuor compliqué, pour la troisième fois. Benjamin, puis Julien, s'était confiés sur Valentine, respectivement sur les textes "Et pourtant..." et "Dans la brume".
Il me fallait Hervé, maintenant.
Peut-être qu'un de ces quatre, vous aurez droit à la version de Valentine. Peut-être...

Pour lire les autres textes de cet atelier qui fête ses six ans d'existence, c'est par ICI, sur Bric à Book, le blog de Leiloona.
 

mardi 31 janvier 2017

La bitch de la semaine, #14

 
 
 
 
Cette semaine a été riche en bitches, croyez-moi! Et ce n'est pas Sara qui dira le contraire!
Sans plus attendre, voici mon palmarès.
 
 
 
 
 
 
 
Bitch de la semaine, catégorie "je-suis-payée-à-ne-rien-faire-et-je-le-vis-bien" : Pénélope Fillon.

Vous cherchez comment arrondir vos fins de mois? Essayez la méthode Pénélope, ça fonctionne plutôt bien. Et en toute discrétion, évidemment. Résumons : Cette semaine, le Canard Enchainé a révélé que la femme de François Fillon, candidat à l'élection présidentielle, a été employée aux côtés de son mari pendant huit ans, pour 500 000 euros. Mais que faisait-elle pour un tel salaire? Mystère. Quelques jours après, une deuxième révélation enfonce le clou : Madame Fillon aurait travaillé pendant un an à la Revue des deux Mondes sans qu'on trouve aucune trace de son travail. Salaire touché : 100 000 euros.
Alors, emploi fictif ou pas? Une enquête est en cours.
Ce qui me sidère, c'est la liberté totale avec laquelle évoluent les proches des hommes politiques. Que je sache, dans les municipalités françaises, il est interdit de faire embaucher quelqu'un de sa famille, quand on est maire. Pourquoi ne pas faire pareil à l'Assemblée?
 
 
Bitch de la semaine, catégorie "on-ne-sait-jamais-sur-un-malentendu-ça-peut-marcher" :
Un automobiliste australien s'est pris une amende pour excès de vitesse. Il roulait à 129km/h au lieu de 100.
Afin d'éviter l'amende et un retrait de deux points sur son permis, le chauffard a trouvé une vraie bonne excuse : "le vent m'a poussé". Mouahaha!
Qu'on se le dise, le vent devait souffler sacrément fort ce jour-là pour parvenir à faire avancer le pick-up de deux tonnes de ce monsieur.
Evidemment, ça n'a pas marché.
Mais maintenant, le mec est connu dans le monde entier pour être le roi de l'excuse à deux balles.
    
Voir l'image sur Twitter
And excuse of the day goes to... @MingenewPol
 
 
Bitch de la semaine, catégorie "je-ne-sais-pas-me-taire-pourtant-ça-vaudrait-mieux-pour-moi" : Jawad Bendaoud
 
Celui que la terre entière connaît comme étant le logeur présumé des terroristes des attentats du 13 Novembre était jugé cette semaine pour trafic de stupéfiants.
Rappelez-vous, Jawad, interrogé après les attentats, avait répondu avoir seulement "rendu service" aux terroristes en les hébergeant chez lui. Mais bien sûr.
Mis en garde à vue peu après, il est arrêté pour trafic de stupéfiants, sur ses propres aveux. Non mais tais-toi, quoi.
Pendant tout ce temps, Jawad n'a cessé de clamer son innocence, écrivant des lettres et mettant le feu à sa cellule. Mais nooooooon...
Cette semaine, il s'est encore fait remarquer en se présentant à son procès hyper énervé. Il a insulté les policiers et hurlé à la présidente que les mêmes policiers l'ont frappé.
Résultat : Jawad a été renvoyé dans sa cellule, et son procès a eu lieu sans lui. Les policiers ont déposé une nouvelle plainte contre lui. 
Moralité : t'as peut-être voulu rendre service, mais tu ne te rends pas service. Mieux vaut se taire, parfois.

lundi 30 janvier 2017

L'arbre de la discorde (Une photo, quelques mots # 78)

Anselme
 
La foule se presse, de plus en plus dense, en ce jour de gaieté.
Les rires résonnent autant que les ricochets des verres qui s'entrechoquent pour porter un toast.  
Leurs voitures garées à perte de vue dès l'entrée du village, les touristes affluent, descendent de l'église au port par les rues piétonnes, et se tassent comme ils peuvent autour de l'embarcadère, coincé entre la crêperie qui ne désemplit pas et la galerie d'art face à l'océan.
Le dernier jeudi du mois d'Aout, la petite bourgade célèbre la fin de l'été. C'est la fête des loupiotes à Mornac.
A la tombée de nuit, les rues s'éclairent : bougies sur les rebords de fenêtres, guirlandes lumineuses aux portes, lampions suspendus aux tonnelles des restaurants... La magie opère.
 
Mais cette année, quelques artisans nouvellement installés ont décidé d'innover. La jeune trentenaire qui tient la maroquinerie a insinué que la fête s'essoufflait et qu'il lui fallait un coup de jeune. Le libraire l'a soutenue, probablement plus pour ces beaux yeux verts que pour ses idées révolutionnaires. La gérante de la galerie d'art et le couple d'anglais, patrons du salon de thé, ont refusé tout net. Les irréductibles, comme les surnomme la maroquinière, ont divisé la communauté commerçante. D'ailleurs, la galerie, pourtant bondée d'habitude ce soir-là, est fermée aujourd'hui.
 
Solène, qui assiste à la soirée des loupiotes depuis plus de 20 ans, contemple l'objet de toutes les discordes. Cet arbre à souhaits planté à mi-chemin entre le restaurant de son ami Etienne et la mairie. Les papiers multicolores se balancent doucement, à peine bercés par une très légère brise qui ne parvient pas à apaiser la moiteur lourde qui s'abat sur les corps et les esprits.
Solène le trouve beau, mais un peu triste. Ecrasées par la chaleur, les branches ploient sous le poids des étiquettes : série d'arcs de cercle tournés vers le sol, de sourires à l'envers, tel un saule pleureur courbé et solitaire...  Deux enfants sautent, un bras levé, pour tenter de décrocher un des billets. Un couple accroche le sien, comme une promesse d'espoir pour l'avenir.
 
Solène s'approche, plus impressionnée qu'elle ne l'aurait cru. Elle se trouve ridicule. On n'a pas fini de se moquer d'elle. Fébrilement, elle saisit une des branches les plus hautes de l'arbre et y accroche un billet jaune. Elle contemple une dernière fois l'arbre à souhaits et s'en va sans se retourner, sans même un regard vers le port où le feu d'artifice a commencé.
 
Le vent, qui maintenant s'est levé, balaie ses doutes. Sur l'arbre, les pétales de couleurs bruissent doucement. Sur le billet jaune, on peut lire ces quelques mots : "Qu'elles soient lumière ou papier, la magie de Mornac à la fin de l'été, ce sont ces couleurs. Puissent ces couleurs vous rassembler et non vous diviser." 
 
 
 
 
Comme un souvenir de vacances, pour cet atelier. Une petite photo des loupiotes de Mornac en vrai?
 
 

mardi 24 janvier 2017

La bitch de la semaine, # 13

 
 
 
Bon, Sara, elle, elle bitche le lundi.
Oui, mais moi, le lundi, j'écris.
Qu'importe, pas de jour pour bitcher!
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Il flotte sur le monde et sur notre société un petit parfum de violence qui me sidère.
Pour preuve la méchante gifle donnée à Manuel Valls. No comment. C'est pas parce qu'on considère cet homme comme un gros con qu'on doit forcément le gifler. Sinon, je ne vous dis pas toutes les baffes que certains se mangeraient. J'ai vraiment beaucoup de mal avec ces réactions extrêmes qui me choquent.

Mais la violence n'a pas besoin d'être physique pour être violente. La preuve :

Ma bitch de la semaine, catégorie : "j'ai un humour moisi" ou quand une situation dérape grave.
 
Un professeur de Lille 2 s'est largement grillé en beauté, en tenant, en plein cours magistral, des propos sexistes, sous couvert d'humour.
A propos d'un micro défectueux, l'enseignant a déclaré "C'est comme les femmes, il faut taper deux fois dessus." Je vous passe les autres remarques du prof face aux réactions immédiates des étudiants.
Plusieurs étudiants sont sortis de l'amphi, outrés, et ont signalé les faits.
La Présidence de l'Université s'est exprimée, condamnant les propos et félicitant les étudiants ayant eu "le courage" de quitter la salle. Le prof va être convoqué, une enquête est ouverte, il risque un blâme (ah, ah, ah, notez au passage le paradoxe contenue dans les deux propositions précédentes) et on en a fait toute une histoire dans les médias.
 
Je ne sais pas bien ce qui me désole le plus :
- Au prof, j'ai envie de dire "Mais t'es con ou tu le fais exprès?" pour ne pas avoir mesuré la portée de tels propos. S'il n'y avait eu que cette phrase, encore... mais l'enseignant a continué, se moquant ouvertement des "féministes" (on est pas loin de rajouter "hystériques") qui ont quitté son cours. On ne peut décemment croire à une simple blague déplacée, après ça.  
 
- Au Président, j'ai envie de dire "Un blâme? Laissez-moi rire!". Bon, ben avec ça, il va avoir trop peur, le prof. Il ne risque pas de recommencer. En espérant que voir sa boulette affichée sur le net va le calmer.

- Aux étudiants qui ont ri et applaudi à cette remarque et aux suivantes, j'ai envie de dire : "Vous applaudissez pour avoir une bonne note au partiel?". Qu'on puisse penser que c'était juste une mauvaise blague (pourrie, la blague), pourquoi pas. Mais ce n'est pas une raison pour l'encourager.

- A ceux qui ont rendu public l'incident, en postant sur Tweeter, sur des sites comme "Paye ta fac", parce que c'était leur "devoir", qu'ils sont "trop choqués", j'ai envie de dire : "Et sinon, ça ne vous gêne pas d'enfoncer un mec qui vient déjà de commettre une belle boulette? Et la situation en Syrie, ça vous choque ou pas"
 
L'affaire a donc fait grand bruit, et là, les réactions, plutôt vives, et violentes, donc, ont fleuri.
D'abord, les "c'est inacceptable, cela mérite une punition exemplaire", "une enquête est ouverte et une campagne de sensibilisation va être menée" de la part des représentants de l'Université : j'ai du mal à comprendre comment on peut laisser des instit' pédophiles devant des gamins de primaire et réagir aussi violemment face aux propos d'un type qui s'est exprimé devant des adultes, normalement capables de décoder un discours. Loin de moi l'idée de défendre ce prof, mais peut-être qu'un simple rappel à l'ordre aurait suffi. D'ailleurs, l'enseignant s'est excusé dans son cours du lendemain, arguant que les étudiants n'avaient pas "compris son humour".... Le type qui ne sait pas s'arrêter... un boulet, j'vous dis.
Ensuite, les "Oh allez, c'est juste une blague, hein, faut pas se vexer". Soit. Le pire, c'est que ceux qui ont réagi de la sorte ne cherchaient pas vraiment à défendre le prof (ils reconnaissent volontiers qu'il a merdé), mais avaient plutôt pour but de critiquer les étudiants qui se sont sentis choqués et ont signalé les faits. Des hystériques, forcément. C'est si facile de considérer comme tels des gens qui s'indignent d'un sexisme devenu courant, banalisé, quotidien. On devrait donc tout accepter sans réagir.
 
En découvrant cette histoire, c'est vrai, j'avoue qu'au départ, j'ai pensé à une mauvaise blague, à une vraie maladresse du prof qui ne s'est pas rendu compte. Mon côté trop naïf, sans doute, mais après tout, l'erreur est humaine.
Sauf que j'ai quand même du mal à me dire qu'un professeur d'Histoire du Droit (en plus!!) a simplement voulu faire une blague. Le mec, chauffé par quelques rires et applaudissements dans l'assistance, s'est cru dans un one man show et en a rajouté des tonnes.
Ce monsieur a le droit de penser ce qu'il veut. Soit. (Les connards sont partout). Mais qu'il se souvienne aussi que son rôle d'enseignant lui demande une attitude irréprochable et un droit de réserve sur ses opinions personnelles.

En conclusion :
Si l'enseignant a vraiment voulu faire une blague (ce dont je doute!) alors il a totalement perdu bon sens et mesure... et c'est effrayant.
Si c'était vraiment une blague, alors l'affaire, vite montée en épingle, a pris des proportions démesurées, elles aussi.
 
Mais où sont donc passées les valeurs de respect, de modération, et de décence qui font les gens posés, réfléchis et censés?
J'ai peur, d'un coup, là.
 
 

lundi 23 janvier 2017

Dans la brume (Une photo, quelques mots, #77)


                                                              © Valentine Goby
 
- T'es tombé du lit? Oh, Julien, t'es là?
Les craquements des lames en bois de l'escalier me tirèrent de ma rêverie. Benjamin descendait de la mezzanine, émergeant à peine d'un sommeil réparateur de plus de huit heures, le laissant frais et dispos pour une nouvelle journée de ski intensif. Ce qui était loin d'être mon cas.
- Tu veux un café?
- Non, merci, j'en ai déjà un, répondis-je, accompagnant cette réponse d'un geste de la main qui tenait ma tasse.
 
C'était même mon deuxième café. Il me fallait bien ça. Il n'était que huit heures, et j'étais debout depuis deux heures déjà. Après de vaines tentatives pour trouver le sommeil, n'y tenant plus, j'avais préféré regagner le salon, et observer le lever du jour depuis le balcon de notre location.
Marrant comme le décor matinal collait parfaitement à mon humeur. Se pouvait-il que j'aie l'esprit aussi embrumé que les montagnes environnantes? A mon avis, c'était même pire dans mon cerveau.
 
Quelques heures après le départ de Valentine avec Hervé, c'est comme si elle était encore là. A peine leur voiture avait-elle disparu au coin d'un virage, que Benjamin soupirait. Pas possible qu'elle lui manque déjà à lui, autant qu'elle me manquait à moi. Et pourtant...
Toute la soirée, il n'avait parlé que d'elle. M'avait pressé de questions : comment était-elle, au quotidien? L'avait-on déjà vue en couple avec quelqu'un? Et le must : Hervé ou moi étions-nous déjà sortis avec elle? En avions-nous eu envie?
Cet interrogatoire m'avait agacé. Il suffisait de nous regarder évoluer tous les trois pour comprendre. Comment Benjamin ne pouvait-il pas l'avoir pressenti? Ou alors... préparait-il le terrain avant de se lancer avec Valentine?
J'avais coupé court et prétexté la fatigue de la journée passée sur les pistes noires pour aller me coucher. Dans la salle de bains, son parfum persistait. J'avais fermé les yeux, et inspiré à pleins poumons, persuadé que ça pourrait me calmer. Peine perdue.
 
Une fois couché, dans le lit simple laissé vacant par Hervé (c'aurait été trop bizarre de prendre celui de Valentine), j'avais remonté les évènements du week-end : notre arrivée, joyeuse ; les débuts de Valentine sur des skis,  épiques ; ses éclats de rire à chaque chute, charmants ; ses regards plein de promesses vers Benjamin qui s'empressait de la relever, leurs descentes l'un contre l'autre... et les réactions d'Hervé, nerveuses.
Et moi, comme d'habitude, je m'étais montré discret, effacé. Observant leur petit manège sans jamais y prendre part. A l'écart. Définitivement.
J'avais observé le piège se refermer sur Benjamin. L'effet Valentine avait encore frappé. Une nouvelle proie venait d'être précipitée dans ses filets... Dommage, mon vieux, tu ne sais pas ce qui t'attend. Bienvenue au club.
Ce qui était formidable avec Valentine, c'est qu'elle ne se rendait compte de rien. Elle ne faisait rien pour ça, elle agissait simplement normalement. Il faut croire que son charme suffisait à rendre tout spécimen mâle à proximité complètement fou d'elle.
 
Mais après tout, qu'est-ce que cela fait? J'ai depuis bien longtemps appris à apprivoiser mes sentiments pour Valentine. Nous sommes maintenant amis, presque frère et sœur, c'est simple. Alors pourquoi l'enthousiasme de Benjamin m'est-il tellement insupportable?
Est-il possible d'être jaloux du mec qui drague une fille dont on n'est pas amoureux?
 
 
Vous attendiez le retour de Valentine? Ou le point de vue de Benjamin, sur la belle?
Eh bien non, je vous offre Julien, le plus discret de ce quatuor pas banal.
Tous les autres textes de cet atelier sont à lire chez Leiloona, sur Bric à Book.

dimanche 22 janvier 2017

Sauvez votre dimanche, # 45

Parfois, sauver son dimanche, ça tient à pas grand-chose. C'est pas Laurie qui dira le contraire.
Surtout quand on a un copiethon qui nous attend.
 
Sauvez son dimanche, c'est retrouver un peu de son enfance. Aller piocher au fond de ses étagères un livre jamais oublié, tellement qu'on a gardé son exemplaire vieux de 25 ans.
 
 
Une envie survenue après une séance de cinéma qui m'a laissée vidée, émue aux larmes par l'adaptation du roman par Christian Duguay. Les enfants qui interprètent Maurice et Joseph sont excellents.
 
 
 
Et puis aussi, sauver son dimanche, c'est prendre enfin le temps de parcourir un ouvrage acheté il y a déjà un an au Festival de la BD d'Angoulême, et qui vient de recevoir le prix BD de la FNAC. Me voilà plongée au cœur d'un été "diabolik". Un album vintage, dans lequel j'ai tout aimé!
 

Un dimanche tout en douceur et cocooning, donc! Et vous?
 

lundi 16 janvier 2017

La délivrance (Une photo, quelques mots #76)

Vincent Héquet

Quand j'entre chez lui, je sais qu'il n'a pas menti. Je ressens tout de suite sa présence. A elle. L'autre. Celle qu'il a perdu et pleure encore. La raison pour laquelle il a poussé la porte de notre groupe de soutien. Je m'en souviens encore. Il avait l'air si désemparé... Les premiers temps, il a écouté, observé ; pas facile de se sentir à l'aise au milieu de tous ces gens ravagés par le drame et la douleur. Et puis un jour, il est venu vers moi. C'est à moi qu'il a parlé en premier, avec douceur et timidité. Pourquoi moi? Je me le demande encore. Mais quand j'ai entendu son histoire, j'ai immédiatement voulu comprendre. Je voulais voir, y croire, me dire que c'était possible...
 
 
Je la laisse découvrir les lieux, observer, s'imprégner de l'atmosphère. Elle est conquise, je le sais. S'inscrire à ce groupe de soutien pour personnes en deuil était une riche idée. Je ne pensais pas que ce serait aussi facile. Il avait suffi d'une phrase. "Bonjour. Ma femme est morte mais je ne l'ai pas vraiment perdue : son fantôme hante encore mon appartement". Personne n'avait répondu. Comment ne pas me prendre pour un fou? Et pourtant, en la voyant, j'ai su qu'elle, elle me croyait. La faire venir chez moi a pris à peine un mois. Et maintenant elle est là, tous les sens aux aguets, persuadée qu'elle va entrer en contact avec les morts.
 
 
Elle sait que je suis là, je le sens. Elle ignore encore dans quel piège elle est tombée. Des semaines que j'attends ce moment. Je virevolte autour d'elle, pour qu'elle y croie, qu'elle ne se méfie pas. Sa prochaine victime. Celle qui me remplacera. Quand son cœur s'arrêtera, mon âme s'envolera. Pour me libérer moi, il faut qu'il la tue elle. Je voudrais la toucher, l'effrayer, la faire fuir. Mais je ne le fais pas. Je me libère et elle devient sa prisonnière. Tant pis pour elle.
 
 
Un texte un peu barré, pour cette 76e participation à l'atelier de Leiloona.
Les semaines se suivent et les inspirations ne se ressemblent pas!

dimanche 15 janvier 2017

Sauvez votre dimanche, # 44

Après une semaine surchargée de travail, il me fallait un break.
J'ai donc décidé de sauver tout mon week-end, en commençant par ne pas ouvrir le cartable jusqu'à demain. Laurie, maintenant tu sais pourquoi il neige!
 
Sauver son week-end, c'est déjà démarrer le vendredi, en profitant d'un chouette moment même si on est encore au boulot : petite pause gourmande pour l'anniversaire d'une copine/collègue.
 
 
Sauvez son week-end, c'est bien évidemment, soldes obligent, passer son samedi à faire les boutiques. Et dénicher, entre autres, ces petites merveilles à  moins 60%.

 
 
Sauvez son week-end, c'est enfin profiter de l'Académie culinaire de la truffe et du foie gras (évènement annuel dans ma ville), pour déguster les traditionnels "croustous", de délicieuses bouchées de spécialités à base de truffe et de foie gras, concoctées par les chefs de la région. Sous le soleil, en prime, même s'il ne faisait pas chaud du tout.
 
Macarons au chcolat truffé

Profiteroles à la mousse de foie gras et caramel de balsamique

 
 

mardi 10 janvier 2017

Moi après mois, my December

Le moral dans les chaussettes le premier jour du mois / Faire mensualiser ses impôts fonciers par internet : ça pique / Mon beau sapin, tout blanc, et ses merveilleuses déco de chez Caro / Cette panne d'électricité à répétition dans la maison / Celui qui répare / Ces journées shopping en prévision de Noël / Les Totally Spies 2.0 / Le retour des romances de Noël / Et puis il y a Sissi... / Ces souvenirs que Facebook te rappellent et qui te font bien rire / Avancer de plus en plus et de mieux en mieux sur le spectacle de théâtre / Prendre confiance, dans ses choix, et dans ces personnes qui entourent ce projet / Une dernière semaine de cours de folie, entre conseils de classe, répétitions et réunions parents profs / Finir sur les rotules et trouver la force de réussir l'opération "zéro copie pour Noël / Une petite soirée de Noël en avance, improvisée chez moi / Ces soirées raclette à répétition / Commencer dignement les vacances par une comédie musicale / Résiste ou la nostalgie de Michel Berger / Ces pépites de chansons que tu sembles seule à connaître : public de mécréants ! / Un spectacle dynamique, avec quelques faiblesses tout de même / Une belle soirée cependant / Avoir envie de réécouter tout Berger / Deuxième jour de vacances, grosse crève : check / Quand Meilleure amie et sa famille vienne se perdre par chez moi / Prendre rendez-vous chez la coiffeuse qui ne reconnaît pas ta voix / Se faire violence pour y aller / Choper un début de grippe qui te ravage de fatigue / Attaquer les cours sur Gide... oup's c'est chaud / S'inquiéter beaucoup pour ces personnes chères à ton enfance / Préparer le réveillon entre famille et amis / Faire ses derniers achats au Bois des Fées, rituel adoré / Admirer sa mamie qui arbore fièrement ses nouveaux cheveux tout blancs / Ce 25 décembre en famille, un peu particulier / Etre archi gâtée / Le retour des soirées dvd sous la couette avec Simon / La vie rêvée de Walter Mitty, merci ma Marie-Laure pour cette suggestion pleine de douceur / Cette boule à neige qui m'a fait immédiatement penser à toi / Un goûter cocooning entre copines / Ce restau entre cousines, à six, comme au bon vieux temps / "Bande de salopes, je vais niquer vos mères", ça c'est fait / Quand les détenus de la prison d'en face n'apprécient pas que tu ne leur répondes pas / Ce fou-rire que l'on n'oubliera pas / "Tatie, quand tu recules, ta voiture elle fait pas bip", "Oui, je sais", "Mais celle de Papi, elle fait bip" / "Tu t'en vas, Tatie, tu vas dans ton collège?", "Oh ben non, pas tout de suite, hein", "Oui, mais bientôt, quand même!" / Cet enfant est cruel / Cette belle balade dans un beau village du Périgord / La douceur de cette fin décembre / "Les mystères de l'amour" à la télé : où comment assister au mariage d'Hélène et Nicolas avec 25 ans de retard / Mes deux Cécile qui m'offrent Derek en direct / Ce calendrier des pompiers qui donne chaud / Trouver la nouvelle Miss France du premier coup / Préparer des verrines pour bien finir l'année / Ce cocktail champagne, vodka, sucre de canne, framboise et citron vert qui déchire / Les cotillons qui claquent et les enfants qui se lâchent / Une tarte au citron à tomber par terre / Etre la pro du Mastermind / Les déco de Noël qui n'impressionnent même plus Samuel / Apprendre une super nouvelle et se dire vivement juillet /
 
 

lundi 9 janvier 2017

Et pourtant... (Une photo, quelques mots #75)


 
© Alexandra K

Valentine embrassa les montagnes des yeux une dernière fois.
Comme paysage enneigé, on avait connu mieux.
Dire "je suis allée skier" alors qu'on n'a à peine descendu deux pistes dans le week-end, ça en jetterait, demain matin au café.
Mais elle s'en foutait, elle n'était pas venue pour la neige. Encore moins pour le ski.
Elle sentit une main chaude se glisser dans la sienne, pour y déposer un bout de papier. Que pouvait-il lui écrire qui ne puisse s'envoyer par texto? Puis Benjamin, pour lui dire au revoir, l'embrassa sur la joue, là, si près de ses lèvres qu'elle en ressentit dans tout son corps le choc thermique le plus saisissant de sa vie.
Enfin, elle se décida à monter dans la voiture d'Hervé, et à mettre fin à cet intermède magique.
 
Lorsque le propriétaire les avait accueillis devant le chalet deux jours plus tôt, il l'avait dévisagée de la tête aux pieds, de sorte qu'elle avait sans peine deviné ce qui lui traversait l'esprit en voyant débarquer une jeune femme seule avec trois types.
Elle provoquait toujours cet effet-là, Valentine. Sans le vouloir. Sans trop savoir pourquoi. Taille moyenne, visage un peu rond, de longs cheveux blonds. Des yeux clairs, presque gris. Un physique banal, en somme. Et pourtant...
Elle attirait les regards masculins et suscitait leur désir presqu'immédiatement. C'était comme ça, et aucun homme n'y échappait.
Pas même Hervé et Julien. Hervé, surtout. Clairement amoureux depuis le collège, sa timidité l'avait jusqu'à présent empêché de se dévoiler. Julien la connaissait depuis leur petite enfance et nourrissait pour elle une affection plus fraternelle, mais cette attraction ne l'avait pas épargné vers l'adolescence. Valentine, elle, ne voyait en eux que les deux petits garçons avec qui elle jouait aux billes, les deux ados qui se battaient pour s'asseoir à côté d'elle dans le bus scolaire, et qui, pour elle, n'avaient pas grandi.
Alors que les deux amis préparaient ce week-end qu'ils pensaient passer entre potes, Benjamin lui avait simplement demandé "Tu viens?". Aussi simple que ça.
Tout lui indiquait que cette escapade était une folie : les partiels qui approchaient, son non-sens de l'équilibre légendaire, l'état de ses finances vu le prix de l'équipement, la perspective d'être la seule fille, tout. Elle finirait le week-end à découvert et avec une jambe cassée. Au mieux. Et pourtant...
 
Une fois installés, ils étaient montés près des pistes : ils avaient skié, elle avait tenté de les suivre. Si elle avait passé avec succès l'épreuve de la descente du télésiège, elle avait essuyé quelques gamelles qui l'avaient laissée étalée dans la neige, rieuse, trop fatiguée pour se relever seule. Elle avait alors passé plusieurs descentes près de Benjamin, ses skis à l'intérieur des siens, et ses mains accrochées à sa taille. Elle avait fini par le soupçonner de les faire tomber exprès, juste pour la serrer encore plus près de lui. Les glissades et freinages brusques d'Hervé avait montré sa désapprobation ; mais, comme à son habitude, il n'en avait rien dit.
 
Le soir, Benjamin n'avait cessé de s'activer en cuisine, évitant de penser à Valentine, là-haut, qui se prélassait dans un bain brûlant. Car ce qu'il avait en tête n'était guère réalisable dans l'immédiat : la mezzanine par laquelle on accédait à la salle de bains abritait aussi les quatre couchages du studio. Un lit double surplombait l'espace de vie et deux lits simples étaient installés dans l'espace en soupente. L'avoir relevée, tenue dans ses bras, et enlacée toute la journée l'avait chamboulé. La savoir si près de lui et ne pas pouvoir vraiment la toucher le rendait dingue. La nuit promettait d'être difficile.
Il était parfaitement conscient  des sentiments de Julien et Hervé pour Valentine. Il connaissait Julien depuis quelques mois et avait très vite côtoyé le trio. D'abord, il n'avait pas compris ce qui les reliait à la jeune femme. Puis, il en avait éprouvé quelque agacement - ne pouvaient-ils pas se détacher d'elle une bonne fois? - avant de réaliser de quoi il s'agissait vraiment. Point d'agacement, mais pointe de jalousie assurément. Jalousie de la voir toujours entourée, jalousie de devoir la partager. Il se maudissait de s'être laissé avoir lui aussi, d'être tombé dans le piège.
D'un geste trop brusque, il avait posé  sur la table le plat qui sortait du four et cogné au passage l'un des verres à pied qui s'était renversé, avait roulé jusqu'à exploser sur le carrelage lisse de la cuisine.  
Benjamin avait soupiré. Il fallait que cela cesse! Il trouverait le moyen de lui parler. Seul à seule. Il mettrait carte sur table. Il lui balancerait tout : se rendait-elle compte de l'effet qu'elle provoquait sur eux trois? A quoi rimait-il, leur "ménage à quatre"? Il se montrerait ferme : amis ou amants, elle devrait choisir.
Et pourtant...
 
 
Oh la la, je n'en reviens pas d'avoir écrit quelque chose d'aussi long cette semaine. Le manque des semaines d'absentéisme, probablement.
Je crains d'avoir oublié un peu beaucoup la photo en elle-même.
Pas grave, j'ai comme l'impression que j'ai trouvé une nouvelle source d'inspiration pour quelque chose de plus long, tiens...
Que ça fait du bien!

dimanche 8 janvier 2017

Sauvez votre dimanche, # 43

Deuxième dimanche de l'année, et deuxième dimanche sauvé, je tiens un de ces rythmes! J'aime toujours autant cette super idée de Laurie!
 
D'abord, le sauvetage démarre par un peu de déco et l'installation d'un des présents du Père Noël : une lampe qui a naturellement pris la place du sapin.
 

 
Ensuite, le sauvetage se poursuit par une balade revigorante dans un petit village des environs. On a même trouvé la maison de Raiponce, si, si!!!
 
Raiponce, lance-moi ta chevelure!
 
Enfin, un dimanche ne serait pas sauvé sans un petit épisode de série. Ce week-end, j'ai poursuivi le replay de The Collection, diffusée actuellement les jeudi soirs sur France 3. L'histoire de Paul Sabine, créateur de haute couture dans le Paris d'après guerre, et de son frère, Claude, le véritable créateur de toutes les tenues présentés par son frère. Mode, glamour, secrets plus ou moins bien gardés, un brin plus sombre que sa cousine Velvet (série sur le monde de la mode en Espagne dans les années 60), cette série est vraiment bien fichue. Personnages attachants ou détestables, BO sympa, pas de temps mort... Et Tom Riley. Ben quoi?
 

 

dimanche 1 janvier 2017

Belle année 2017!

En ce premier jour de l'année, il est grand temps de réveiller ce blog pour vous souhaiter une très belle année 2017.
Qu'elle soit pour vous synonyme de sérénité, de joie, de bonheur, de santé et de bien-être pour vous, et pour tous vos proches.
 
Et comme c'est aussi dimanche, il s'agissait de bien le sauver (sur une idée toujours géniale de Laurie!), pour bien commencer l'année.
C'est chose faite avec une gourmandise spéciale "lendemain de fête quand il fait tout pourri dehors".
 
Chocolat chaud sucré à la meringue maison de Ludivine, la pâtissière qui nous a régalés hier soir : juste parfait pour cocooner sur le canapé et laisser filer la journée en douceur.