@ Julien Ribot
Adrien enfonça davantage ses mains dans les poches de son manteau.
Novembre se déroulait, faisant tomber la nuit à l'heure de sortie des bureaux. Le froid s'était abattu sur la ville, brusquement, le matin même.
Servane aurait-elle pensé à s'habiller chaudement?
A six cent kilomètres, il le savait, la douceur pouvait encore être de mise.
Il était impatient. Impatient mais fébrile.
Les lourdes clochent de Notre Dame sonnèrent 18h. Son train devait être arrivé.
C'est elle qu'il attendait.
Il l'attendait là où tout avait commencé, là où il lui avait demandé de ne pas s'en aller.
Mais elle avait fui.
Incapable de renoncer à elle, Adrien avait traversé la France. Pour qu'ils se donnent une chance.
Ils avaient essayé.
Pendant quelques mois, ils n'avaient vécu que pour leurs retrouvailles le temps d'un week-end.
Pendant quelques mois, rien n'avait compté que leur histoire, leur bulle.
Ils avaient mis la vraie vie entre parenthèses, délaissant amis, famille et projets, balayant la distance, ne vivant que pour ces 48h enflammées.
Lorsqu'il l'avait rencontrée, Adrien avait été séduit par son charme discret, son sourire et ce subtil mélange de réserve et de spontanéité qui émanait d'elle.
Au baptême de Célia, leur filleule, leur complicité n'avait trompé personne.
A la première soirée qu'il passa seul avec elle, il sut qu'il était amoureux.
Il n'aurait pas cru pouvoir se passer d'elle. Et pourtant...
Les trajets incessants, la lassitude des au revoir sur un quai de gare, les obligations professionnelles avaient eu raison de leur bel enthousiasme.
Sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, leurs appels s'étaient raccourci, les week-ends ensemble s'étaient espacés... Trois mois déjà qu'aucun d'eux n'avait rejoint l'autre.
Aujourd'hui, Servane et Adrien étaient simplement redevenus le parrain et la marraine de Célia. Célia qui avait maintenant un an, et que Servane n'avait encore pas vu marcher.
D'ailleurs, c'était pour Célia qu'elle venait, son sms était limpide : "Bonjour. Je serai là pour l'anniversaire de Célia. As-tu déjà prévu un cadeau?"
Alors il l'avait appelée. Entendre sa voix l'avait bouleversé.
Il ne savait plus que penser.
Que pouvaient-ils encore partager?
Elle était calme, discrète, raisonnable et avait peur de tout.
Il était insouciant, extraverti, passionné et fonçait tête baissée.
Mais elle voulait lui parler.
Alors il l'attendait.
Il guettait sa silhouette fine, ses longs cheveux blonds qui reflèteraient la lumière du quai.
Il attendait.
Impatient mais fébrile.
50e participation à l'atelier de Leiloona. Incroyable.
Ce 50e billet voit le retour de deux personnages délaissés depuis un moment... Difficile d'imaginer encore une suite aux six épisodes déjà écrit mais j'avais envie de les retrouver.