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dimanche 23 septembre 2018

La rencontre (Une photo, quelques mots #83e)

 
 
Ils auraient pu prendre l'avion, puis louer une voiture.
Ils auraient pu avaler les kilomètres en moins de rien.
Ils auraient pu s'épargner la chaleur étouffante, la moiteur du wagon, les grincements et le vacarme de cette machine roulante.
Ils auraient pu.
Mais non.
 
Alors ils sont seuls dans ce wagon bondé, seuls au milieu de tous. Seuls à se tenir la main. Seuls yeux clairs parmi les peaux mates. Les seuls à voyager chargés, sacs à dos et valises immenses...
 
Ils ont préféré envisager ce trajet comme un périple. Mettre pied à même la terre tantôt aride tantôt baignée de pluie.
Ils ont préféré atterrir dans la capitale, et parcourir le reste du trajet en train. Puis en bus jusqu'au village dévasté.
Ils ont préféré s'imprégner jusqu'à la chair de l'atmosphère de ce pays, comprendre ses codes, en supporter le climat, en découvrir la culture.
Oui, c'était mieux. Pour avoir des choses à raconter. Pour plus tard.
 
Pour elle, celle qu'ils voient depuis des mois à travers un écran, celle dont chacun possède une photo -elle dans un médaillon, lui dans son portefeuille- celle dont le prénom sonne comme une promesse, celle dont la chambre est déjà prête, là-bas, dans leur maison, à Londres.
Celle qui a vécu l'enfer d'une catastrophe naturelle, celle qui a tout perdu.
Celle qu'ils viennent officiellement d'adopter.
 
Plus que quelques kilomètres et ils la rencontreront.

 

Quant l'inspiration pour l'atelier du lundi de Leiloona me vient en faisant la vaisselle...

lundi 10 septembre 2018

Fausse bonne idée (Une photo, quelques mots #82)

Photo Gabriel Augusto
 
C'est qui, celle-là ?
C'était sûr, que c'était une fausse bonne idée.
Et dire qu'elles s'étaient levées aux aurores, luttant pour garder les yeux ouverts, marchant à pas de sioux dans la maison pour ne réveiller personne. Enfin surtout Fab', qui n'avait pas quitté le canapé, incapable de rejoindre son lit, terrassé par le triple mojito ingurgité pour cause de partie de poker perdue.
Non mais regardez-la, avec ses grands écarts et ses salto arrière... on dirait une autruche réalisant la parade nuptiale pour attirer le mâle en manque. Si tant est que l'autruche soit adepte de ce genre de pratique. Te casse pas, ma belle, y'a que des meufs à ton cours de... de quoi déjà ? De "gym douce et tonique pour retrouver un corps athlétique" ?
Quel est le con qui a décrété que les vacances doivent servir à se reprendre en main, reprendre le contrôle de son corps, s'aérer, profiter de la fraîcheur matinale, bref, toutes ces conneries dont les pubs nous rabattent les oreilles ?
Il est 7h30.
7h30 bordel.
Regard en coin aux copines. Toutes l'air aussi halluciné qu'elle. Mais pas moyen d'être celle qui déclare forfait, qui abandonne.
Soudain, un bip bip familier les ramène à la réalité, perturbée par la grande gigue et sa danse de l'enfer. On avait dit "pas de portable". Mais Isa le sort de la poche de son short minuscule.
- Y'a Max qui nous demande ce qu'on veut pour le petit dèj' : croissants ou pancakes ?
Soulagement général.
- Pancakes. Tout de suite.
Demi-tour toute.
Elles garderont les fesses molles et le ventre flasque. Mais plein, le ventre.
Parce que c'est ça les vacances.


Ouf, il n'est pas trop tard.
Sur le fil, je ressuscite ce blog et reprend le chemin de l'atelier de Leiloona, Une photo, quelques mots, pour ma 82e participation.

lundi 2 octobre 2017

(Une photo, quelques mots # 80 )

Ma 80e participation à l'atelier de Leiloona, sur une photo qui m'évoque beaucoup de choses. En vrai, j'adore.
Mais pourquoi ne pas prendre le contre-pied de mes émotions, pour une fois?
C'est parti!
 

Photo Karine Minier


Couloir de pierre emmurant l'herbe folle
Serpent mouvant s'insinuant toujours plus profond
Fleuve de poussière et de béton
Froid.
Doigts crochus de ferraille enserrant la nature
La fleur ne peut pas sortir de l'ortie
Elle s'étouffe et s'asphyxie
Chape de brume aussi lourde que du plomb
Entends le cri de la vie qui meurt.


Pour lire tous les textes de ce lundi, c'est par ICI!

lundi 19 juin 2017

Les perdants (Une photo, quelques mots #79)

Grâce à une photo très bien choisie, mon blog renait à la vie.
Inspirée je suis, pour reprendre l'atelier du lundi!
Merci Leiloona chérie!
(ah oui, je suis en forme, je vous l'ai dit...)


Non mais qu'est-ce qu'ils foutent, c'est pas possible!
Hervé perdait patience. Il observa sa tête dans le rétroviseur. Allez, calme-toi, mon vieux...
Voilà bien trop de temps que ses amis étaient sortis de la voiture, sous le coup d'une envie pressante, le laissant seul à l'arrière.
Julien avait fait vite, se contentant de se planquer derrière l'un des platanes bordant cette route de campagne, sur laquelle ils roulaient depuis une trentaine de minutes.
Valentine, elle, s'était enfoncée dans le sous-bois sur la droite, à la recherche d'un coin tranquille (elle était très à l'aise avec eux, mais il y avait des limites), relevant de ses deux mains le bas de sa robe et posant ses pieds escarpinisés avec précaution dans l'herbe humide. Elle riait aux éclats et le cœur d'Hervé s'était serré. Qu'est-ce qu'elle était belle...
Déjà, il avait cru défaillir en la voyant sortir de chez elle. Lui qui la connaissait plus souvent en jeans basket qu'en robe de cérémonie, le souffle lui avait manqué. Ses cheveux blonds relevés dévoilaient son cou gracile, qu'il avait eu tout le loisir d'observer pendant tout le trajet, puisqu'elle avait pris place à l'avant, devant lui, et sa robe taille empire mettait sa poitrine généreuse en valeur.
Il n'avait pu que lui dire : "Tu es splendide."
Elle avait maugréé : "Mouais. Si on veut. C'est de la torture de masochiste, ces putain de chaussures!".
Valentine, quoi. Tout en délicatesse.
 
Hervé tourna la tête à droite, fouilla du regard le bois, au delà des fougères qui en barraient le passage, guettant le retour de Valentine. Et de Benjamin.
Benjamin qui avait galamment proposé d'accompagner Valentine, parce qu'on ne sait jamais ce qu'on peut rencontrer dans les bois. C'est cela, oui... Non mais il se prenait pour qui, lui? Il la connaissait depuis quelques mois seulement et il se comportait en... propriétaire. Voilà, c'était le mot. En propriétaire. Avec elle. Sa Valentine. Leur Valentine, à lui et à Julien. Et ça l'agaçait. C'est vrai, après tout, c'était qui, ce type? Qu'est-ce qu'on savait vraiment de lui?

Enfin, Hervé vit apparaître une silhouette dans le rétroviseur. Julien. Bon sang, c'était pas trop tôt!
- Qu'est-ce t'as foutu? Ils sont où, les autres?
Julien prit place à côté de lui.
- Occupés. Ils sont... occupés.
Hervé ne saisit pas tout de suite. Ce n'est que quand il vit la pâleur sur le visage de Julien qu'il comprit. Non. Non, impossible. Valentine ne ferait pas ça. Pas son genre, non. Et Benjamin devait bien se douter que Valentine, c'était chasse gardée. Pas touche. Pour eux trois. C'était la règle. Leur règle implicite, mais leur règle...
Un silence pesant s'installa entre les deux amis, un silence qui mettait entre eux une distance infinie dans cet espace si exigu. Un silence bientôt brisé par des rires étouffés et des pas bruissant dans les herbes hautes.
Benjamin et Valentine revenaient. Elle, toujours chancelante sur ses escarpins, comme un peu ivre, se tenait fermement à lui. Son chignon sophistiqué et impeccable quelques temps auparavant manquait maintenant curieusement d'équilibre. Lui, les yeux fiévreux, avait passé son bras autour de la taille frêle de Valentine. Sa cravate était dénouée, et les deux premiers boutons de sa chemise étaient ouverts.
Ils montèrent en voiture, lui au volant, elle sur le siège passager.
- Bon, c'est reparti, dit-il joyeusement en mettant le contact.
- On n'en a plus pour longtemps, ajouta Valentine. Ma mère va être ravie de vous revoir, les gars!
A l'arrière, Hervé et Julien ne répondirent pas. Ils se remémoraient encore comment, au remariage de la mère de Valentine, Benjamin, que la mariée ne connaissait pas, avait été invité.
Un jour, il était arrivé dans cette voiture de collection (une voiture de frimeur, avaient-ils pensé), et Valentine avait poussé des cris d'excitation. Elle serait parfaite en voiture balai!!
Et personne n'avait jamais su dire non à Valentine.


Ah que ça fait du bien de se remettre à écrire!!
Un bien fou.
En plus, j'ai retrouvé avec plaisir mon quatuor compliqué, pour la troisième fois. Benjamin, puis Julien, s'était confiés sur Valentine, respectivement sur les textes "Et pourtant..." et "Dans la brume".
Il me fallait Hervé, maintenant.
Peut-être qu'un de ces quatre, vous aurez droit à la version de Valentine. Peut-être...

Pour lire les autres textes de cet atelier qui fête ses six ans d'existence, c'est par ICI, sur Bric à Book, le blog de Leiloona.
 

lundi 30 janvier 2017

L'arbre de la discorde (Une photo, quelques mots # 78)

Anselme
 
La foule se presse, de plus en plus dense, en ce jour de gaieté.
Les rires résonnent autant que les ricochets des verres qui s'entrechoquent pour porter un toast.  
Leurs voitures garées à perte de vue dès l'entrée du village, les touristes affluent, descendent de l'église au port par les rues piétonnes, et se tassent comme ils peuvent autour de l'embarcadère, coincé entre la crêperie qui ne désemplit pas et la galerie d'art face à l'océan.
Le dernier jeudi du mois d'Aout, la petite bourgade célèbre la fin de l'été. C'est la fête des loupiotes à Mornac.
A la tombée de nuit, les rues s'éclairent : bougies sur les rebords de fenêtres, guirlandes lumineuses aux portes, lampions suspendus aux tonnelles des restaurants... La magie opère.
 
Mais cette année, quelques artisans nouvellement installés ont décidé d'innover. La jeune trentenaire qui tient la maroquinerie a insinué que la fête s'essoufflait et qu'il lui fallait un coup de jeune. Le libraire l'a soutenue, probablement plus pour ces beaux yeux verts que pour ses idées révolutionnaires. La gérante de la galerie d'art et le couple d'anglais, patrons du salon de thé, ont refusé tout net. Les irréductibles, comme les surnomme la maroquinière, ont divisé la communauté commerçante. D'ailleurs, la galerie, pourtant bondée d'habitude ce soir-là, est fermée aujourd'hui.
 
Solène, qui assiste à la soirée des loupiotes depuis plus de 20 ans, contemple l'objet de toutes les discordes. Cet arbre à souhaits planté à mi-chemin entre le restaurant de son ami Etienne et la mairie. Les papiers multicolores se balancent doucement, à peine bercés par une très légère brise qui ne parvient pas à apaiser la moiteur lourde qui s'abat sur les corps et les esprits.
Solène le trouve beau, mais un peu triste. Ecrasées par la chaleur, les branches ploient sous le poids des étiquettes : série d'arcs de cercle tournés vers le sol, de sourires à l'envers, tel un saule pleureur courbé et solitaire...  Deux enfants sautent, un bras levé, pour tenter de décrocher un des billets. Un couple accroche le sien, comme une promesse d'espoir pour l'avenir.
 
Solène s'approche, plus impressionnée qu'elle ne l'aurait cru. Elle se trouve ridicule. On n'a pas fini de se moquer d'elle. Fébrilement, elle saisit une des branches les plus hautes de l'arbre et y accroche un billet jaune. Elle contemple une dernière fois l'arbre à souhaits et s'en va sans se retourner, sans même un regard vers le port où le feu d'artifice a commencé.
 
Le vent, qui maintenant s'est levé, balaie ses doutes. Sur l'arbre, les pétales de couleurs bruissent doucement. Sur le billet jaune, on peut lire ces quelques mots : "Qu'elles soient lumière ou papier, la magie de Mornac à la fin de l'été, ce sont ces couleurs. Puissent ces couleurs vous rassembler et non vous diviser." 
 
 
 
 
Comme un souvenir de vacances, pour cet atelier. Une petite photo des loupiotes de Mornac en vrai?
 
 

lundi 23 janvier 2017

Dans la brume (Une photo, quelques mots, #77)


                                                              © Valentine Goby
 
- T'es tombé du lit? Oh, Julien, t'es là?
Les craquements des lames en bois de l'escalier me tirèrent de ma rêverie. Benjamin descendait de la mezzanine, émergeant à peine d'un sommeil réparateur de plus de huit heures, le laissant frais et dispos pour une nouvelle journée de ski intensif. Ce qui était loin d'être mon cas.
- Tu veux un café?
- Non, merci, j'en ai déjà un, répondis-je, accompagnant cette réponse d'un geste de la main qui tenait ma tasse.
 
C'était même mon deuxième café. Il me fallait bien ça. Il n'était que huit heures, et j'étais debout depuis deux heures déjà. Après de vaines tentatives pour trouver le sommeil, n'y tenant plus, j'avais préféré regagner le salon, et observer le lever du jour depuis le balcon de notre location.
Marrant comme le décor matinal collait parfaitement à mon humeur. Se pouvait-il que j'aie l'esprit aussi embrumé que les montagnes environnantes? A mon avis, c'était même pire dans mon cerveau.
 
Quelques heures après le départ de Valentine avec Hervé, c'est comme si elle était encore là. A peine leur voiture avait-elle disparu au coin d'un virage, que Benjamin soupirait. Pas possible qu'elle lui manque déjà à lui, autant qu'elle me manquait à moi. Et pourtant...
Toute la soirée, il n'avait parlé que d'elle. M'avait pressé de questions : comment était-elle, au quotidien? L'avait-on déjà vue en couple avec quelqu'un? Et le must : Hervé ou moi étions-nous déjà sortis avec elle? En avions-nous eu envie?
Cet interrogatoire m'avait agacé. Il suffisait de nous regarder évoluer tous les trois pour comprendre. Comment Benjamin ne pouvait-il pas l'avoir pressenti? Ou alors... préparait-il le terrain avant de se lancer avec Valentine?
J'avais coupé court et prétexté la fatigue de la journée passée sur les pistes noires pour aller me coucher. Dans la salle de bains, son parfum persistait. J'avais fermé les yeux, et inspiré à pleins poumons, persuadé que ça pourrait me calmer. Peine perdue.
 
Une fois couché, dans le lit simple laissé vacant par Hervé (c'aurait été trop bizarre de prendre celui de Valentine), j'avais remonté les évènements du week-end : notre arrivée, joyeuse ; les débuts de Valentine sur des skis,  épiques ; ses éclats de rire à chaque chute, charmants ; ses regards plein de promesses vers Benjamin qui s'empressait de la relever, leurs descentes l'un contre l'autre... et les réactions d'Hervé, nerveuses.
Et moi, comme d'habitude, je m'étais montré discret, effacé. Observant leur petit manège sans jamais y prendre part. A l'écart. Définitivement.
J'avais observé le piège se refermer sur Benjamin. L'effet Valentine avait encore frappé. Une nouvelle proie venait d'être précipitée dans ses filets... Dommage, mon vieux, tu ne sais pas ce qui t'attend. Bienvenue au club.
Ce qui était formidable avec Valentine, c'est qu'elle ne se rendait compte de rien. Elle ne faisait rien pour ça, elle agissait simplement normalement. Il faut croire que son charme suffisait à rendre tout spécimen mâle à proximité complètement fou d'elle.
 
Mais après tout, qu'est-ce que cela fait? J'ai depuis bien longtemps appris à apprivoiser mes sentiments pour Valentine. Nous sommes maintenant amis, presque frère et sœur, c'est simple. Alors pourquoi l'enthousiasme de Benjamin m'est-il tellement insupportable?
Est-il possible d'être jaloux du mec qui drague une fille dont on n'est pas amoureux?
 
 
Vous attendiez le retour de Valentine? Ou le point de vue de Benjamin, sur la belle?
Eh bien non, je vous offre Julien, le plus discret de ce quatuor pas banal.
Tous les autres textes de cet atelier sont à lire chez Leiloona, sur Bric à Book.

lundi 16 janvier 2017

La délivrance (Une photo, quelques mots #76)

Vincent Héquet

Quand j'entre chez lui, je sais qu'il n'a pas menti. Je ressens tout de suite sa présence. A elle. L'autre. Celle qu'il a perdu et pleure encore. La raison pour laquelle il a poussé la porte de notre groupe de soutien. Je m'en souviens encore. Il avait l'air si désemparé... Les premiers temps, il a écouté, observé ; pas facile de se sentir à l'aise au milieu de tous ces gens ravagés par le drame et la douleur. Et puis un jour, il est venu vers moi. C'est à moi qu'il a parlé en premier, avec douceur et timidité. Pourquoi moi? Je me le demande encore. Mais quand j'ai entendu son histoire, j'ai immédiatement voulu comprendre. Je voulais voir, y croire, me dire que c'était possible...
 
 
Je la laisse découvrir les lieux, observer, s'imprégner de l'atmosphère. Elle est conquise, je le sais. S'inscrire à ce groupe de soutien pour personnes en deuil était une riche idée. Je ne pensais pas que ce serait aussi facile. Il avait suffi d'une phrase. "Bonjour. Ma femme est morte mais je ne l'ai pas vraiment perdue : son fantôme hante encore mon appartement". Personne n'avait répondu. Comment ne pas me prendre pour un fou? Et pourtant, en la voyant, j'ai su qu'elle, elle me croyait. La faire venir chez moi a pris à peine un mois. Et maintenant elle est là, tous les sens aux aguets, persuadée qu'elle va entrer en contact avec les morts.
 
 
Elle sait que je suis là, je le sens. Elle ignore encore dans quel piège elle est tombée. Des semaines que j'attends ce moment. Je virevolte autour d'elle, pour qu'elle y croie, qu'elle ne se méfie pas. Sa prochaine victime. Celle qui me remplacera. Quand son cœur s'arrêtera, mon âme s'envolera. Pour me libérer moi, il faut qu'il la tue elle. Je voudrais la toucher, l'effrayer, la faire fuir. Mais je ne le fais pas. Je me libère et elle devient sa prisonnière. Tant pis pour elle.
 
 
Un texte un peu barré, pour cette 76e participation à l'atelier de Leiloona.
Les semaines se suivent et les inspirations ne se ressemblent pas!

lundi 9 janvier 2017

Et pourtant... (Une photo, quelques mots #75)


 
© Alexandra K

Valentine embrassa les montagnes des yeux une dernière fois.
Comme paysage enneigé, on avait connu mieux.
Dire "je suis allée skier" alors qu'on n'a à peine descendu deux pistes dans le week-end, ça en jetterait, demain matin au café.
Mais elle s'en foutait, elle n'était pas venue pour la neige. Encore moins pour le ski.
Elle sentit une main chaude se glisser dans la sienne, pour y déposer un bout de papier. Que pouvait-il lui écrire qui ne puisse s'envoyer par texto? Puis Benjamin, pour lui dire au revoir, l'embrassa sur la joue, là, si près de ses lèvres qu'elle en ressentit dans tout son corps le choc thermique le plus saisissant de sa vie.
Enfin, elle se décida à monter dans la voiture d'Hervé, et à mettre fin à cet intermède magique.
 
Lorsque le propriétaire les avait accueillis devant le chalet deux jours plus tôt, il l'avait dévisagée de la tête aux pieds, de sorte qu'elle avait sans peine deviné ce qui lui traversait l'esprit en voyant débarquer une jeune femme seule avec trois types.
Elle provoquait toujours cet effet-là, Valentine. Sans le vouloir. Sans trop savoir pourquoi. Taille moyenne, visage un peu rond, de longs cheveux blonds. Des yeux clairs, presque gris. Un physique banal, en somme. Et pourtant...
Elle attirait les regards masculins et suscitait leur désir presqu'immédiatement. C'était comme ça, et aucun homme n'y échappait.
Pas même Hervé et Julien. Hervé, surtout. Clairement amoureux depuis le collège, sa timidité l'avait jusqu'à présent empêché de se dévoiler. Julien la connaissait depuis leur petite enfance et nourrissait pour elle une affection plus fraternelle, mais cette attraction ne l'avait pas épargné vers l'adolescence. Valentine, elle, ne voyait en eux que les deux petits garçons avec qui elle jouait aux billes, les deux ados qui se battaient pour s'asseoir à côté d'elle dans le bus scolaire, et qui, pour elle, n'avaient pas grandi.
Alors que les deux amis préparaient ce week-end qu'ils pensaient passer entre potes, Benjamin lui avait simplement demandé "Tu viens?". Aussi simple que ça.
Tout lui indiquait que cette escapade était une folie : les partiels qui approchaient, son non-sens de l'équilibre légendaire, l'état de ses finances vu le prix de l'équipement, la perspective d'être la seule fille, tout. Elle finirait le week-end à découvert et avec une jambe cassée. Au mieux. Et pourtant...
 
Une fois installés, ils étaient montés près des pistes : ils avaient skié, elle avait tenté de les suivre. Si elle avait passé avec succès l'épreuve de la descente du télésiège, elle avait essuyé quelques gamelles qui l'avaient laissée étalée dans la neige, rieuse, trop fatiguée pour se relever seule. Elle avait alors passé plusieurs descentes près de Benjamin, ses skis à l'intérieur des siens, et ses mains accrochées à sa taille. Elle avait fini par le soupçonner de les faire tomber exprès, juste pour la serrer encore plus près de lui. Les glissades et freinages brusques d'Hervé avait montré sa désapprobation ; mais, comme à son habitude, il n'en avait rien dit.
 
Le soir, Benjamin n'avait cessé de s'activer en cuisine, évitant de penser à Valentine, là-haut, qui se prélassait dans un bain brûlant. Car ce qu'il avait en tête n'était guère réalisable dans l'immédiat : la mezzanine par laquelle on accédait à la salle de bains abritait aussi les quatre couchages du studio. Un lit double surplombait l'espace de vie et deux lits simples étaient installés dans l'espace en soupente. L'avoir relevée, tenue dans ses bras, et enlacée toute la journée l'avait chamboulé. La savoir si près de lui et ne pas pouvoir vraiment la toucher le rendait dingue. La nuit promettait d'être difficile.
Il était parfaitement conscient  des sentiments de Julien et Hervé pour Valentine. Il connaissait Julien depuis quelques mois et avait très vite côtoyé le trio. D'abord, il n'avait pas compris ce qui les reliait à la jeune femme. Puis, il en avait éprouvé quelque agacement - ne pouvaient-ils pas se détacher d'elle une bonne fois? - avant de réaliser de quoi il s'agissait vraiment. Point d'agacement, mais pointe de jalousie assurément. Jalousie de la voir toujours entourée, jalousie de devoir la partager. Il se maudissait de s'être laissé avoir lui aussi, d'être tombé dans le piège.
D'un geste trop brusque, il avait posé  sur la table le plat qui sortait du four et cogné au passage l'un des verres à pied qui s'était renversé, avait roulé jusqu'à exploser sur le carrelage lisse de la cuisine.  
Benjamin avait soupiré. Il fallait que cela cesse! Il trouverait le moyen de lui parler. Seul à seule. Il mettrait carte sur table. Il lui balancerait tout : se rendait-elle compte de l'effet qu'elle provoquait sur eux trois? A quoi rimait-il, leur "ménage à quatre"? Il se montrerait ferme : amis ou amants, elle devrait choisir.
Et pourtant...
 
 
Oh la la, je n'en reviens pas d'avoir écrit quelque chose d'aussi long cette semaine. Le manque des semaines d'absentéisme, probablement.
Je crains d'avoir oublié un peu beaucoup la photo en elle-même.
Pas grave, j'ai comme l'impression que j'ai trouvé une nouvelle source d'inspiration pour quelque chose de plus long, tiens...
Que ça fait du bien!

lundi 21 novembre 2016

L'art et la manière (Une photo, quelques mots #73)

Julien Ribot

- Voilà, c'est bien, laisse-toi faire, prends la lumière, voilà, comme ça, ne bouge pas... Tu sais que t'es belle, toi?
- T'as pas envie qu'on aille se balader sur le pont, plutôt?
- Après, si tu veux. On finit cette série.
- Allez, tu feras ça plus tard, on n'a encore profité de rien.
- Mélie chérie, je bosse, là. Et toi aussi. Tu peux bien te tenir tranquille encore une minute, non?
- J'en ai marre, j'veux bouger. Ca fait des heures qu'on est sur ce balcon.
- Non, surtout ne bouge pas, jamais plus on ne retrouvera cette lumière!
 
Mélie soupira. Thibault lui accordait peu d'attention, en fin de compte. Et c'était comme ça depuis le début de la traversée. Absorbé par ces photos pour un célèbre magazine, qu'il devrait présenter en débarquant,  Thibault avait à peine levé le nez de son objectif.
Elle qui pensait que le cadre romantique, les couchers de soleil flamboyants, l'ambiance feutrée et luxueuse de leur cabine aideraient à faire évoluer les choses entre eux, elle s'était vraiment gouré!
 
- Allez, ma belle, fais-moi un beau sourire... Tu es rayonnante, tu.... Mélie, merde! Le projo', tu le tiens, oui ou non?
- Non! Ca suffit, on arrête! Et puis d'abord, tu sais à quel point tu as l'air con à parler à cette chaise? C'est une chaise, hein, une putain de chaise! Tu peux la prendre par devant, par derrière, le jour, la nuit, ça reste une chaise! Juste une chaise!
Mélie descendit du tabouret qui lui servait de perchoir, secoua son bras ankylosé et poursuivit :
- Et ton précieux magazine de design, là, tu le prends et tu t'en fais un coussin pour t'asseoir sur cette putain de chaise! Parce qu'en plus d'être moche, je suis sûre qu'elle fait mal au cul!
 

lundi 14 novembre 2016

Welcome (Une photo, quelques mots # 72)

                                  
                                                                           © Leiloona
 
- Maman, c'est lequel le nôtre?
- Je ne sais pas, mon grand, il faut regarder le numéro.
- Moi je veux le jaune, il est trop beau!
- C'est carrément glauque, ouais...
- Lisa, s'il te plait...
Marianne soupira.
Elle était épuisée du voyage, et la barrière de la langue lui causait plus de difficultés que prévu. Si, dès le lendemain, elle serait de nouveau amenée à pratiquer la langue française, aujourd'hui, le trajet, les commandes de repas dans l'avion, la récupération de leurs bagages et la négociation avec le chauffeur de taxi lui montraient les limites de son anglais.
Alors si, en plus, Lisa s'y mettait... L'adolescente qui lui tenait lieu de fille n'avait pas cessé de se montrer désagréable. Certes, elle avait très mal pris l'annonce de ce déménagement, mais depuis deux mois, elle avait eu tout le temps de s'y faire. Visiblement, non.
- Et toi, maman, c'est lequel, que tu préfères?
Tom regardait les bâtiments avec les yeux émerveillés d'un gosse de sept ans. Changer de vie ne l'avait pas chamboulé plus que ça. Il encaissait, acquiesçait, et, s'il était inquiet, ne le montrait jamais. C'est bien ce qui angoissait Marianne.
 
En peu de temps, elle leur avait imposé, à tous les deux, un tournant radical. La vente de la maison, l'installation provisoire chez leurs grands-parents, et puis, soudain, cette proposition de travail à Londres...
Marianne avait d'abord refusé. Puis elle s'était dit que changer d'air leur serait bénéfique. Mais c'était une telle folie... une de ces idées fantasques que seul Paul aurait pu avoir. C'était lui qui mettait du piment dans leur vie, lui dont le grain de fantaisie égayait la maison.
Sans lui, leur existence paraissait terne. A l'image du visage de Lisa, qui s'éteignait de plus en plus. Depuis l'accident de moto de son père, Lisa ne vivait plus.
Marianne regarda sa fille, le cœur serré. Elle portait un jean délavé, un t-shirt noir sur lequel le portrait du chanteur d'un groupe de métal, dont elle avait oublié le nom, s'égosillait. Au poignet, la montre de Paul. Et le bracelet-pass du dernier festival de rock où il l'avait emmenée. Rouge, le bracelet.
Alors Marianne trancha :
- C'est le rouge, que j'aime.
Et, comme un fait exprès, deux personnes attendaient devant ce bâtiment. Sûrement les agents immobiliers. Marianne y vit un signe, tout se passerait bien désormais.  
Et elle remercia silencieusement Paul de veiller sur eux, de là où il était.

lundi 19 septembre 2016

L'air du temps (Une photo, queslques mots # 71)



 Romaric Cazaux

Les aventures de Georges ont débuté ICI


Georges leva le nez de son écran et regarda la mer. Elle s'agitait plus qu'hier. Cela le fascinait, cette immense étendue, tellement familière maintenant et pourtant si surprenante de jour en jour. Il ne s'en lassait pas. 
Une bourrasque plus soutenue lui tira un léger frisson. Il eut le réflexe de prendre sa veste sur le dos de son siège mais se retint. Il n'allait pas jouer les papys frileux alors que Denise, elle, était en manches courtes et supportait très bien cette "brise", comme elle la nommait. 
Ah, Denise! 
Il contempla un instant son profil gracieux, les plis de son front concentré. Toute son attention était portée sur son smartphone. C'est elle qui lui avait fait découvrir ces appareils-là. 
Il l'avait rencontrée, et sa vie avait changé. 

Cela faisait à peine six mois qu'il avait fugué de sa maison de retraite. 
Il se revoyait encore, le journal à la main, épluchant les annonces immobilières, à la recherche d'un logement où dormir à l'abri le soir même. Il avait trouvé un meublé, dans un quartier discret, et toutes ses économies étaient passées dans le paiement de la caution. 
Le lendemain, au supermarché, un peu paumé, il était tombé nez à nez avec cette dame élégante, à qui les lunettes et les cheveux blancs donnaient un air encore plus distingué, mais qui pestait, dans un langage fleuri qu'il n'aurait pas cru entendre de sa bouche, contre les produits placés sur les rayonnages les plus élevés. 
N'écoutant que sa galanterie naturelle, il s'était saisi du produit d'entretien convoité et le lui avait tendu, timidement. 
Denise, puisqu'elle lui avait donné son nom illico, s'était avérée être une femme particulièrement bavarde et dynamique, et accessoirement, sa voisine de l'immeuble d'en face. 
Ils avaient pris l'habitude de se guetter, se saluant au supermarché, puis rapidement se retrouvant à la terrasse d'un troquet pour boire un café. 
Georges revivait, retrouvait ses vingt ans et se sentait libre comme jamais. 

Bien sûr, ses enfants l'avaient sermonné, engueulé, même, lui intimant l'ordre de rentrer immédiatement à la maison de retraite. Mais au téléphone, et ne sachant pas où le trouver, que pouvaient-ils faire? "Plutôt crever", avait-il répondu, avant de raccrocher. 
Depuis deux mois, Denise partageait sa vie et son petit appartement. Après tout, pourquoi dilapider l'argent par les fenêtres en payant deux loyers, alors qu'ils étaient toujours ensemble? Georges avait pensé "toujours ensemble, sauf la nuit...". Il faut croire qu'elle avait su lire dans ses pensées, et, avec un pragmatisme désarmant, Denise lui avait fait part de ses réflexions. 
Elle avait totalement bousculé ses habitudes, lui imposant un abonnement internet et un téléphone connecté, ses produits de beauté dans la salle de bains et ses programmes télé à l'eau de rose. Il avait cédé à tout, de bon coeur. 

S'il n'avait pas vu tout de suite l'intérêt de la connexion internet, il reconnaissait volontiers que ça passait le temps. Et puis, avec ça, il gardait contact avec ses petits enfants. C'était Mélanie, sa dernière petite-fille de quinze ans, qui lui avait suggéré de devenir "ami" avec elle sur Facebook. Alors qu'il passait son coup de fil hebdomadaire à son fils (seule concession accordée pour avoir la paix), c'est elle qui avait répondu. Bon dieu qu'elle lui manquait ! 
Mais la gamine avait de la ressource. Elle lui avait expliqué la démarche, pour se créer un compte, lui avait trouvé un pseudo qui faisait "jeune", "pour ne pas éveiller les soupçons", avait-elle précisé, et depuis, il suivait toute la vie de l'adolescente à travers son écran. S'il était dubitatif su l'intérêt des "selfies", il devait reconnaître que les réseaux sociaux étaient une révolution extraordinaire.

Denise avait voulu partir en vacances. Comme tout le monde, selon elle...
Et aujourd'hui, il se trouvait là, sur cette plage, en compagnie de celle qui, il l'espérait, partagerait le reste de son existence, à respirer les embruns, à ne penser à rien, à revivre, enfin.  




71e participation à l'atelier de Leiloona, Une photo, quelques mots, sur Bric à Book. 
Un texte qui a été une évidence à écrire!

lundi 5 septembre 2016

Seras-tu là? (Une photo, quelques mots # 70)

Julien Ribot



Echo de mes pas dans la rue
Décompte des numéros sur les façades
Battements de mon cœur chamboulé
C’est là.

Grincement du portillon de l’allée
Silence assourdissant des vieilles pierres
Caresse de mes doigts sur les murs écaillés
Suis-je la première?

Senteur âcre de la poussière humide 
Souvenirs puissants brouillant ma vision
Promesses d'adolescents trop vite prononcées
N'as-tu pas oublié?

Ombre d'une silhouette derrière le vélo
Souffle court, qui ne peut franchir mes lèvres
Espoir enfoui renaissant dans l'instant
Est-ce toi? 





Enfin la rentrée a du bon! 
L'atelier de Leiloona, Une photo, quelques mots, reprend du service sur Bric à Book. 
Je pensais ne pas avoir le temps d'écrire... et finalement... 

lundi 27 juin 2016

Brûlant retour (Une photo, quelques mots, # 69)

 © Claude Huré

Partir, mettre les voiles, sentir le vent fouetter mon visage. 
Partir. 
Loin vers l'horizon, loin de l'agitation. 
Partir. 
Partir pour mieux revenir

Flamboyante fusion du ciel et de la terre

Coucher de soleil triomphant de la mer agitée
Moment idéal pour rentrer. 
Rentrer au port, rentrer chez soi. 
Retrouver la chaleur de tes bras. 
Te savoir, guettant mon retour, alanguie
La tiédeur de l'air rafraichissant notre lit. 

Jeter l'ancre, se hâter, fébrile
Eprouver, déjà, tes caresses et ton rire
Te retrouver, serein et impatient
Toi qui, depuis six mois, m'espères, me guettes et m'attends.


 

69e participation à l'atelier Une photo, quelques mots, de Leiloona.

lundi 20 juin 2016

Somewhere, under the rainbow (Une photo, quelques mots, # 68)

En pure blonde étourdie, trop occupée par son travail, j'ai loupé le rassemblement d'hier, celui qui réunissait Leiloona et quelques participants de son atelier du lundi, "Une photo, quelques mots". J'ai même zappé de préciser qu'on pouvait y lire mes textes... 
Si la période n'avait pas été si chargée, je serais venue me faire une place parmi les présents, avec un plaisir particulier.... 
Mais tant pis, ce sera pour une autre fois. 
L'important, c'est d'être là, si ce n'est tous les lundis, mais au moins régulièrement...  



- Mesdames, Messieurs, s'il vous plait, on me regarde...
Jamais, depuis le début de sa carrière en tant que photographe, Julia n'avait vu groupe plus dissipé, plus éparpillé et plus joyeux que celui-là. Autant dire qu'ils dénotaient, au regard du quartier très chic où le couple avait décidé de célébrer la cérémonie civile.
Elle profita des derniers rires des invités pour parfaire son cadrage. Le ciel faisait grise mine, et assombrissait le bâtiment imposant de la mairie devant lequel se tenaient les juste-mariés et leurs invités. La pluie leur offrait un moment de répit qui ne durerait pas, elle le savait.
Le groupe se disciplina enfin et Julia tenta une dernière consigne : 
- Vous êtes prêts? On se tient droit, on sourit... 
- Oh, regardez, un arc-en-ciel!  
Par cette simple phrase, les efforts de Julia furent réduits à néant. Le témoin venait de semer le trouble parmi la vingtaine d'invités. 
- C'est magnifique, lança celle qui semblait être la mère du marié. 
Cette apparition quasi féérique avait au moins le mérite d'avoir fait taire les plus bavards. Ils observaient le phénomène, émus, comme s'ils en saisissaient à l'instant la force et le symbole.
Alors Julia tenta le tout pour le tout : 
- C'est inespéré! Profitons-en. S'il vous plait tout le monde, en place! Vite!
Les invités s'empressèrent d'obéir, rentrant sagement dans les rangs. 
Au moment où Julia appuyait sur le déclencheur, Etienne et Frédéric, les mariés, échangèrent un baiser fiévreux, à en perdre le souffle.