lundi 6 octobre 2014

Quand tu seras grand (Une photo, quelques mots, 13)



"Attendez-moi!" crie Yanis en courant. 
En vain. Les autres ne l'entendent pas.
Les "grands", son frère Sofiane et ses copains, s'éloignent, le pas pressé, vers le bâtiment d'en face. 
Ils ne courent même pas, mais Yanis, malgré tous les efforts que fournissent ses petites jambes, ne parvient pas à rattraper son retard. L'écart se creuse entre lui et la bande.
"C'est pas juste", pense-t-il, et son pied rageur vient frapper le goudron. 
Qu'est-ce qu'il espère? Que la force de son pied va faire trembler la terre? que les gosses vont se retourner, se rendre compte qu'il est là, et l'attendre? 

Si tu savais, Yanis... Les autres ne veulent pas de toi, c'est certain. 
Tu ne ferais que les ralentir, poser des questions idiotes, les embarrasser... tu irais même balancer à ta mère ce qu'ils font derrière le bâtiment C. 
Tu n'es qu'un bébé. 

Yanis hésite. Pour les rejoindre, il faut traverser la rue. 
Seul. 
D'habitude il n'a pas le droit. 
Mais il a bien envie, quand même. 


Si tu savais, Yanis... 
Mets un pied en dehors des clous et ta mère le saura. 
Sur ces murs de béton qui t'entourent s'ouvrent des fenêtres, d'où des dizaines de paires d'yeux t'observent, épient, guettent... 
Ils diront qu'ils ne veulent que ton bien, en vérité. 

Yanis lève les yeux vers le cinquième étage du bâtiment B, vers la petite fenêtre sur la gauche. Il la repère facilement, à cause du pot de fleurs orange posé sur le rebord, celui que Sofiane et lui ont offert à maman pour son anniversaire.
Pour une fois, elle n'est pas en train de le surveiller. 
Mais la voisine, si. 
Une bonne raison de ne pas traverser, parce qu'elle va le dire à maman, c'est sûr. 

Si tu savais, Yanis... 
Comme tu étais fier, ce jour-là! Même si Sofiane n'a pas voulu que ce soit toi qui portes le pot de fleurs à maman, même s'il t'a poussé fort pour te le prendre des mains, tu étais content de faire plaisir à ta mère. 
Ta mère t'avait donné le droit de placer le pot sur le rebord de la fenêtre et la voisine, toujours là, t'avait félicité... tu étais un bon petit, un bon fils. 

Yanis se bouche les oreilles, les sirènes font trop de bruit. 
Il voit des hommes en noir, descendre de voiture et courir vers Sofiane et les autres. C'est drôle, ils portent autour du bras des bouts de tissus orange, comme le pot de fleurs... 
Mais pourquoi emmènent-ils Max? Un grand monsieur pousse Sofiane comme Sofiane l'a poussé lui, le jour de l'anniversaire. 
Yanis entend son nom. 
C'est la voisine qui lui dit de remonter très vite et de rentrer. 

Si tu savais, Yanis... 
Elle croit te sauver la vie. Toi le petit dernier, toi le bon fils, l'adorable bambin. 
Pour les autres, les grands, elle ne peut rien faire, ils sont déjà perdus. 
Mais pour toi, et tous les gamins de la cité, il faut que ça s'arrête, il faut vous protéger. 
Lorsqu'elle t'appelle, tu obéis, évidemment. 
De là où tu es, tu ne peux pas voir qu'elle a encore le téléphone à la main...


Treizième participation à l'atelier "Une photo, quelques mots" de Leiloona et toujours autant de plaisir!

samedi 4 octobre 2014

Le petit loup rouge, A Fléchais

L'histoire : est-il encore nécessaire de la raconter? Amélie Fléchais revisite le conte traditionnel en transformant la petite fille en petit loup rouge. 







Mon avis : J'ai été époustouflée par cet album. Les dessins sont fabuleux, exceptionnels, et ce changement de point de vue dans l'histoire lui donne une deuxième jeunesse. 
Voilà, tout est dit. Il FAUT lire cet album. 







Plus concrètement, dès la couverture on est saisi par la grande douceur qui émane du dessin ainsi que de la figure du petit loup rouge, qui n'a plus du tout l'air méchant, et rien que ça, ça intrigue. 

Les pages sublimes se succèdent, alternant des dessins très lumineux, avec des pages beaucoup plus sombres. Amélie Fléchais soigne tous les détails, l'oeil est attiré par des dizaines d'éléments remarquables au milieu de paysages somptueux. Le dessin est fin, très harmonieux. On en prend plein les yeux, et on en redemande.

L'auteur se permet également de bousculer les attentes du lecteur en revisitant l'histoire classique. Le méchant n'est plus celui qu'on croit, et on aurait presque envie de faire des bisous à ce petit loup naïf, à qui il arrive les mêmes bricoles qu'à la petite fille qui traverse la forêt. Les méchants, justement, sont pour les loups les humains. Les sentiments des uns et des autres sont exposés de manière à faire prendre conscience au lecteur que tout n'est pas arrêté, que personne n'est totalement bon ou totalement méchant.
Certains éléments de l'histoire initiale sont conservées, mais juste un peu décalées. Ainsi, le petit loup n'échappe pas non plus à la traditionnelle visite à sa grand-mère ni aux recommandations de sa maman, mais j'ai souri à la vue du présent qu'il met dans son panier : un lapin! 

Il émane de l'ensemble une poésie émouvante et juste.

Si comme moi, vous n'êtes pas lassé d'une énième réédition du conte de Perrault, ne passez pas à côté de ce chef d'oeuvre. C'est une très belle réussite, je suis conquise.

jeudi 2 octobre 2014

Granité de thé au citron et speculoos

Tous les mois, je reçois une box de chez Envouthé, et tous les mois c'est Noël. 

Des dizaines de thé à découvrir, une gourmandise et des recettes à réaliser avec le contenu de la boite. 
Celle de Juillet "Plaisirs glacés" était un pur régal, et toute jolie, en plus. Et ce n'est pas mon amie de moi Sophie qui dira le contraire!

Avec une des merveilles de thé de cette boite, j'ai réalisé un granité de citron. 

Il suffit de suivre la recette présentée dans le petit fascicule et c'est enfantin. 

D'abord faites infusez 30g de thé Sorbet citron menthe de chez Fauchon. 


Pendant qu'il refroidit, ajoutez le jus d'un demi-citron et sucrez à votre convenance.
Versez le liquide dans un récipient qui va au congélateur et placez-le au frais pendant plusieurs heures. Toutes les deux heures, striez la surface du liquide en train de figer avec une fourchette, avant de former le granité. 



Pour ces verrines, j'ai d'abord confectionné une crème de citron, en faisant cuire ensemble du jus de citron, du sucre, du beurre et un peu de Maïzena. Pour les proportions, si vous utilisez trois citrons, alors ce sera 3 oeufs, 30g de beurre... Pour le sucre, dosez comme vous le voulez. Une cuillère à soupe de fécule suffit. Laissez le mélange refroidir, versez dans chaque verrine et réservez au frigo.














Une fois la crème de citron refroidie, j'ai émietté par-dessus quelques speculoos.
Au dernier moment, déposez quelques cuillères de granité sur les speculoos. 
Dégustez bien frais!









La box de Septembre est tellement à mon goût aussi, qu'elle fera l'objet d'un autre article. 


mercredi 1 octobre 2014

Moi après mois, my September



Encore un air de vacances / Un bronzage au top / Une rentrée tranquille avec moral reboosté / Des classes choupis / Supporter d'un jour / Trois gars, une fille, un match de rugby / Un selfie très réussi / Reprise de la zumba, yeah! / Des verres en terrasse en bonne compagnie / Préparation d'un expédition parisienne / Des remises en question nécessaires / Une ville encore pleine de touristes alors que toi tu vas au boulot / Souvenirs, souvenirs, "J'sais bien que j'te l'ai trop dit" et un concert bien sympa à la télé et presque en direct le lendemain / Des nouveautés musicales en pagaille / De vrais coups de coeur parmi elles / Songer à une nouvelle coupe de cheveux / Quand tu as l'impression qu'un chanteur écrit pour toi, et juste pour toi / Un blog qui reprend vie / Moi, addict au sport? / Des résolutions pas faciles faciles, mais on va tenir / Oser parler de soi dans un billet de blog / Etre fière de ça / Expositions de photos et restau entre amis / Des courbatures par milliers / "Ah non, t'es obligée de venir, c'est nous tous ou personne" / Sourires complices / Ecrire une longue lettre et retrouver une sensation quasi perdue depuis l'invention de l'ordinateur / L'envie d'aller voir quasiment tous les spectacles du centre culturel / Game of Thrones, saison 4, on rit ou on pleure? / La confiture de figues maison, une grande première / Plein de lectures inachevées mais plein de bonnes aussi / Tester l'aquabike et adorer ça / Des envies mais des peurs aussi / Comment choisir dix livres qui ont marqué sa vie de lectrice / Comprendre, grâce à un bout de papier, qu'être propriétaire, ça coûte cher / Un réveil à 3h du mat', c'est pas humain / La magie de Disney dans les yeux d'ados choupis / "Madame, vous voulez faire la tour de la Terreur? Mais y'a pas une taille requise?" / Espèce d'ado ingrat, grrr / Visiter des lieux ordinairement interdits au public / Se sentir un peu VIP / Deux jours de sortie scolaire et plein de souvenirs / Tenir un p'tit gars dans ses bras et l'hypnotiser pour qu'il s'endorme (ça ne marche qu'une fois!) / Choisir des cadeaux d'anniv' en étant sûre qu'ils feront plaisir / Se demander comment répondre à "Comment ça se fait que vous êtes devenue prof?" / Regarder un film tiré d'un bouquin qu'on a adoré et le trouver nul / Une heure au téléphone avec une amie qui manque / Craquer, ronger ses ongles et bousiller trois mois d'efforts / Des fins de journée au soleil / Vérifier quinze fois sa boite aux lettres / Un sms qui donne envie de se moquer, et pourtant, t'es pas blonde, hein / Dire des trucs qu'on aurait pas dû dire / Prévoir un second séjour parisien.


C'était mon mois de Septembre, sur une idée de Moka.

lundi 29 septembre 2014

Urgences (Une photo, quelques mots, 12)

© Antoine Vitek



Rez de chaussée : service d'urgences 
Eh toi, oui, toi, là, la loque décérébrée avachie dans ton fauteuil, t’en as pas marre de te défoncer la tête à coup de fumette? Sérieux, tu t'es regardé? Allez mec, arrête de jouer au con... déconne pas.

"- Oh l'autre... C’est... c'est à moi que tu parles ? Non mais t’as vu ta tronche, espèce de… dragon, ouais, dragon à tête de mort… tu craches même pas de feu…
- Monsieur ?  A qui parlez-vous ? C’est une affiche, là, sur le mur… Infirmier?… ramenez-le dans sa chambre."



Deuxième étage : pédiatrie
- " S, M, O, K, E... Maman, ça veut dire quoi? demande Cyril, qui s'ennuie ferme dans cette salle d'attente. 
- Ca veut dire "fumer tue", répond Simon, son grand frère, sans lever les yeux de sa DS.
- Simon! ça ne va pas, de lui dire ça? Tu veux lui faire peur? intervient la mère, déjà angoissée à l'idée que son petit garçon va passer tout un tas d'examens pour que les médecins décident si on lui enlève son plâtre.
- Mais je ne vais pas mourir, moi? s'inquiète Cyril.
La mère regarde son fils, ses grands yeux bleus et son regard vif et intelligent  pour ses quatre ans et répond, avec un sourire forcé : 
- Non, non, mon chéri, tu ne vas pas mourir.


Cinquième étage : oncologie
Lydie repose, pour la dixième fois, au moins, un magazine qu'elle a pris au hasard dans la pile devant elle. 
Combien de temps vont-ils la faire attendre encore? A l'hosto, tu sais quand tu arrives, mais pas quand tu vas repartir.
Elle parcourt des yeux cette salle immonde, dont les murs sont d'un orange à vomir, pâle, délavé, comme si lui aussi était malade. Une patiente tousse très fort, un autre enroule machinalement autour de ses doigts le tube qui longe son bras gauche, ça n'a plus l'air de le gêner, ils se sont apprivoisés, habitués. Un troisième passe sa main sur son front, décalant, dans le même mouvement, sa perruque censée cacher les ravages du traitement. Ca lui donne un petit côté bonhomme Playmobil mal coiffé.
Elle évite soigneusement de s'attarder sur l'affiche punaisée sur la porte. Comme un avertissement... qui arrive trop tard. Quand l'ascenseur s'arrête à cet étage, pour un tiers des gens qui en descendent, il est déjà trop tard. 
Elle secoue la tête devant tant de stupidité et d'ironie. Comme si ceux pour lesquels la cigarette est responsable de leur état ne culpabilisaient pas assez. Même, ils doivent s'en vouloir... à mort. Lydie s'engueule intérieurement pour ce jeu de mots stupide, elle trompe l'angoisse comme elle peut. 

"Fumer tue". Pour Lydie qui n'a jamais touché une cigarette de sa vie (même celles qui sont interdites, à part une fois, au lycée, pour faire comme les autres), ces deux mots sont insupportables. 

Cette affiche, elle la voit partout. A l'arrêt de bus, chez le libraire, dans les couloirs de l'hôpital. Elle a même l'impression d'en voir plus, depuis six mois, depuis le diagnostic, depuis qu'elle sait... 
Elle allait parfaitement bien, avant. Depuis, elle a l'horrible sensation que c'est son traitement qui va la tuer, elle.

Elle a envie de crier, d'arracher ce bout de papier, de rayer rageusement ces mots de l'affiche et d'écrire en dessous : "Il n'y a pas que ça". 
Si la cigarette était la seule responsable, elle ne serait pas là. 

En entendant son nom, Lydie se lève, sa tête tourne et ses jambes tremblent. Elle avance courageusement, serre la main de son médecin, celui qui a son avenir entre ses mains. 
Si les nouvelles sont bonnes, elle reviendra arracher et déchirer en mille morceaux cette putain d'affiche et toutes celles qu'elle croisera ailleurs.


Douzième participation à l'atelier d'écriture de Leiloona, et je dois avouer que j'ai eu du mal à me lancer. A part les premières lignes, venues spontanément à mon esprit à cause d'un petit délire, j'ai hésité très longtemps pour la suite. Faut dire qu'elle questionne, cette photo. Et qu'elle renvoie à quelque chose de très personnel.


vendredi 26 septembre 2014

Mousse au chocolat blanc sur lit de framboises

En faisant un peu de ménage sur ce blog, j'ai retrouvé cet article, rédigé il y a carrément plus d'un an, qui n'avait jamais été publié. 
Je me demande encore comment c'est possible, alors j'ai décidé de vite réparer cet oubli. 

Voici donc une recette pas parfaite, mais quand même très très bonne. 

Ingrédients :
  • 40 cl de crème fleurette
  • 250 g de chocolat blanc
  • 1 gousse de vanille
  • des framboises

Première étape : Dans une casserole, faites bouillir la crème avec la gousse de vanille ouverte et grattée. Cassez le chocolat en morceaux dans un saladier. Quand la crème est bouillante, versez-en la moitié sur le chocolat (en la passant au chinois). Attendez une minute avant de mélanger. Versez l'autre moitié de la crème, mélangez bien. Réservez au frais, au minimum une heure. Je l'ai laissée quelques heures, la nuit c'est bien aussi.

Deuxième étape : Battre le mélange crème-chocolat au batteur pour lui donner la consistance mousse, en prenant bien garde à ne pas faire tourner le mélange en beurre.

Troisième étape : Dressez les verrines en mettant au fond une couche de framboise. Recouvrez de mousse. Gardez un peu de mousse à laquelle vous ajouterez le reste des framboises écrasées. Versez ce mélange dans les verrines. Remettez au frais jusqu'à dégustation.



Sur la photo, on voit clairement qu'il m'a manqué des framboises pour la dernière couche, ce n'est pas assez coloré, et pour en mettre une dessus en déco. Mais c'est un délice!

Merci à ma copine Caroline pour cette recette qui provient du livre "Georgous cakes" d'Annie Bell. Inutile de vous dire que l'ouvrage m'aurait intéressée, mais malheureusement, il n'est pas traduit... snif...

mercredi 24 septembre 2014

La balafre, Mourlevat

En cherchant de quoi lire sur ma liseuse, je suis tombée sur un Mourlevat que je ne connaissais pas. 

L'histoire : Olivier est un collégien débarquant dans un petit village, après un déménagement qui ne lui convient pas vraiment. Un jour qu'il se promène dans le hameau, il est terrorisé par l'attaque d'un chien de la maison voisine, qui se jette violemment à la grille. Olivier avertit ses parents, qui croient qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis longtemps. Pourtant, peu de temps après, Olivier revoit le chien, accompagné d'une petite fille. 













Mon avis : Inconditionnelle de Jean-Claude Mourlevat, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre-là. 
Tout de suite, j'ai été intriguée. Si j'ai compris le lien qu'on peut faire entre le titre et l'histoire du chien déchainé, il m'a fallu du temps pour comprendre où l'auteur voulait en venir. 
Ce court roman aux accents fantastiques fiche la trouille, et une angoisse, comme seule Mourlevat pouvait la décrire, vous prend à la gorge. 
Les questions se bousculent : pourquoi ce chien? Qui est cette petite fille? Pourquoi Olivier est-il le seul à pouvoir les voir? A qui appartenait la maison d'à côté?
Olivier est obsédé par cette histoire, et va tout faire pour en savoir plus.
Mais il ne s'attend sûrement pas à ce qu'il va trouver. 
En enquêtant sur les anciens voisins, c'est le passé de tout le village qu'Olivier fait ressurgir. 
Difficile d'en dire plus sans dévoiler ce qui, pour moi, a été une surprise totale, et un moment très fort du roman. 
Olivier se sortira pas indemne de cette histoire, au point d'en garder une trace à vie.

Encore une fois, la magie Mourlevat a opéré sur moi, à cent pour cent. 

Petit bémol toutefois, pour la toute fin du livre. Une fois adulte, Olivier revient dans ce village. Cette partie-là ne me semble pas nécessaire et fait perdre au roman un peu de son intensité.